mercredi 14 octobre 2020

Entreprises accompagnées

Interview – L’entreprise Traiteur de Paris prône la lutte anti-gaspi

Interview de Mikaël Leport, directeur général de Traiteur de Paris

Difficile de choisir parmi les nombreuses initiatives RSE qui se multiplient au sein de Traiteur de Paris, fabricant de pâtisseries surgelées premium, sur ses sites de Fécamp et à la Guerche de Bretagne.
Mikaël Leport, directeur général, nous livre sa philosophie et son retour d’expérience notamment sur la mise en place de la lutte contre le gaspillage alimentaire.

 

Dans quel contexte avez-vous mis en place un circuit de lutte contre le gaspillage alimentaire ?

Nous ne savions pas quoi faire des produits non conformes qui sortaient de nos lignes de production. Cela pouvait être des produits réagissant mal à la cuisson, des produits un peu cabossés et pour la plupart jetés. Moralement, continuer à jeter de la nourriture était difficile pour nous.
Nous avons alors commencé à travailler avec des déstockeurs, puis à l’automne 2019, le directeur du site de production de Fécamp en Normandie a décidé de mettre en place une opération avec Too good to go et d’autres plateformes comme Phenix et Loop. Ces services permettent de déstocker les invendus et de limiter le gaspillage alimentaire en commercialisant des paniers de produits à un prix accessible.
Ce dispositif a connu un succès incroyable. Nous vendons aujourd’hui entre 200 et 300 paniers par jour de produits « cabossés » comme des gratins de pommes de terre, des moelleux au chocolat… Un emploi à temps partiel a été créé pour gérer ce projet et distribuer les paniers commandés.

Quel est l’apport de cette mesure sur l’exploitation de vos sites de production ?

Nous sommes en train de traiter durablement nos problèmes de produits déclassés en libérant nos espaces de stockage. Cela donne également une grande crédibilité à nos actions auprès de nos collaborateurs et nous fait progresser sur la mise en place de ventes par internet. Nous avons d’ailleurs depuis lancé un site qui s’appelle My little traiteur où nous proposons également des bons plans. Cette idée originale a permis de développer un cercle vertueux au sein de l’entreprise.

Pensez-vous que le contexte de crise sanitaire pourrait favoriser l’essor de ce type de circuit de consommation ?

Cette initiative rencontre beaucoup de succès à Fécamp, les gens sont à la recherche d’opportunités. Ce système a d’ailleurs été dupliqué à Rennes. Dans ce contexte COVID nous avons effectivement un risque que certains produits restent stockés plus longtemps. Ce modèle économique n’est pas aussi rentable évidemment mais c’est une opportunité de faire connaître notre marque et de ne pas jeter la nourriture. Ce n’est pas une stratégie de vouloir continuer à vendre des déclassés, l’objectif est de ne plus en avoir. Notre conviction, c’est que les plateformes telles que Too goo to go sont naissantes aujourd’hui, mais leur métier va évoluer. Nous restons très attentifs aux opportunités.

Comment vos collaborateurs perçoivent-ils les actions que vous déployez ?

Nous avons sur chaque site des équipes dédiées à la Qualité de Vie au Travail qui fonctionnent en autonomie et sont totalement pilotées par les collaborateurs. Nous investissons également beaucoup dans l’amélioration des conditions de travail avec des lignes qui limitent par exemple les ports de charges trop importantes. Il y a encore trois ans, quand je passais dans les ateliers, certaines personnes qui travaillent chez nous depuis 20 ans et qui portent des centaines de plaques de plusieurs kilos par jour se plaignaient de douleurs musculaires. Aujourd’hui, nous ne discutons plus de ces sujets-là sur nos sites de production.

Et vos clients ?

Nous faisons beaucoup de choses, mais nous n’avons pas encore organisé la collecte d’informations pour communiquer. Nous étudions les dossiers pour prendre les bonnes décisions avec l’intervention d’experts externe nous donnant un point de vue objectif. C’est l’ambition que l’on se donne. Nous avançons pas à pas.

Nos clients ne sont donc pas forcément au courant de ce que nous faisons mais nous remarquons qu’ils sont de plus en plus nombreux à nous adresser des questionnaires sur la politique RSE de l’entreprise. Il y a une vraie attente des grandes marques qui cherchent à valider les comportements vertueux de leurs fournisseurs sur le volet social. Dans un avenir proche, nous allons recenser, centraliser et restituer ces actions avec une personne en charge de la RSE.

Pour conforter nos clients dans leur choix, nous devons mettre en place une politique de communication externe.

 

Propos recueillis par Baudoin Gouvenou et Hélène Martin.